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La vie sans voiture(s)

La gratuité émancipe du marché et du « chacun pour soi »

Le philosophe et écrivain Jean-Louis Sagot-Duvauroux, auteur du livre « Pour la gratuité » en 1995 et co-auteur de « Voyageurs sans ticket, liberté, égalité, gratuité » avec Magali Giovannangeli, présidente de la communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile, revient dans une interview réalisée récemment par Ixchel Delaporte sur la notion de gratuité des transports.

La gratuité est une expérience de solidarité qui donne le goût de transformer la société. »

Philosophe et écrivain, Jean-Louis Sagot-Duvauroux développe l’idée d’un nouveau rapport au tout-marchand, passant par des initiatives locales inédites et probantes. Il est un des premiers à avoir ouvert le débat sur la gratuité, avec son livre Pour la gratuité, en 1995. Avec Magali Giovannangeli, présidente de la communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile, il a coécrit Voyageurs sans ticket, liberté, égalité, gratuité (1).

En 2009, lorsque la ville d’Aubagne a lancé la gratuité des bus, elle s’est heurtée au scepticisme. Comment l’expliquer ?

Jean-Louis Sagot-Duvauroux. Faire advenir une idée nouvelle provoque du débat. Tant mieux. Depuis quatre ans, l’expérience a prouvé son efficacité sociale, économique, écologique, humaine. La gratuité de tout est sans doute une chimère, mais un certain nombre de besoins essentiels de l’être humain, comme la santé, l’éducation, les déplacements ou l’eau, peuvent être, sont déjà, par endroits ou en partie, rendus libres d’accès pour tous. Dans les bus d’Aubagne, le chômeur et le notaire sont égaux. Là, l’égalité devient concrète. C’est rare et précieux. Créer des espaces publics où chacun est à égalité sans considération de revenus, c’est une invention politique très désirable et qui peut faire école.

Quelle est votre définition de la gratuité ?

Jean-Louis Sagot-Duvauroux. Ce qui est libre d’accès, ce qui ne dépend pas de ce que nous avons dans la poche. La gratuité est une alternative à la façon marchande d’accéder à un bien, soit par la profusion de la nature, par exemple la lumière du soleil, soit par des inventions politiques comme la Sécurité sociale ou l’école gratuite. Ces politiques ont un coût. Mais la révolution est ailleurs. Elle se niche dans la nature de l’accès au bien concerné. Avec la gratuité, c’est «à chacun selon ses besoins» et non plus «à chacun selon ses moyens». D’une certaine manière, le gratuit est l’axe de notre vie. Une partie de notre temps est vendue sous forme de force de travail. L’autre partie est sans prix. Pour tout le monde, ce qui est sans prix prime sur ce qui est évaluable monétairement. L’amour de nos enfants est plus important que le chariot du supermarché. L’illusion d’optique liée à l’emprise du marché sur les esprits nous empêche d’en être conscients.

La liberté que procure la gratuité serait-elle aux avant-postes de la question politique ?

Jean-Louis Sagot-Duvauroux. L’émancipation humaine, c’est-à-dire la liberté en marche, est le fondement du projet communiste initial. La gratuité émancipe du marché et du «chacun pour soi» qu’il porte en lui. Elle émancipe aussi du contrôle policier qui devient inutile. Les anciens communistes parlaient de «dépérissement de l’État». Pour la doctrine libérale, le maximum de liberté a été atteint grâce au «libre» marché, à la «libre» entreprise, à l’État représentatif, à la consommation comme clef du bien-être, au modèle occidental. Or il existe, dans beaucoup de domaines, souvent localement, des expériences qui s’affranchissent de ce bornage. Dans la région parisienne, la répression très spectaculaire de la «fraude» dans les transports en commun est sans doute la forme la plus prégnante de l’intimidation policière des couches populaires, principalement des jeunes et, parmi eux, de nos jeunes compatriotes noirs ou arabes. Pourquoi ne pas permettre partout et par principe aux moins de vingt-cinq ans de circuler gratuitement ? Ils paieront bien nos retraites. Voilà une vraie revendication populaire alternative. Déjà, on a constaté que l’abolition du zonage le week-end avait fait diminuer les tensions à la gare du Nord, porte d’entrée de la capitale pour les quartiers les plus populaires d’Île-de-France.

D’après vous, l’idée de gratuité est-elle révolutionnaire ?

Jean-Louis Sagot-Duvauroux. C’est une expérience de solidarité qui donne le goût de transformer la société. Les tenants du capitalisme nous rabâchent que l’homme ne fonctionne qu’à la cupidité. Faux ! On sait très bien fonctionner aussi à la solidarité. Le problème est que l’argent, invention humaine, est devenu leur maître. La gratuité montre qu’on peut remettre l’argent à sa place, bon esclave, mauvais maître. Les forces qui se recommandent d’une alternative au libéralisme gagneraient à faire l’inventaire des expériences qui ont franchi les frontières dans lesquelles le système enferme la liberté. La gratuité en fait partie. Cet inventaire ouvrirait l’action sur des perspectives politiques et idéologiques moins dépressives que la récrimination contre le malheur des temps.

Entretien réalisé par Ixchel Delaporte, qui a aussi écrit récemment un article faisant le point sur la situation de la gratuité à Aubagne: « A Aubagne, la petite révolution des bus gratuits. »

Source: http://quartierspop.over-blog.fr/

(1) Éditions Au Diable Vauvert, 2012.



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20 Commentaires, Commentaire ou Rétrolien

  1. Florent

    Personnellement, je préfère un système d’abonnement à très bas coût, largement subventionné, sous condition de domiciliation (habiter sur le territoire de l’agglo desservie). Avec un tarif modulé en fonction de la situation (d’un maxi d’environ 20€/mois pour un adulte actif, 10€ ou moins pour les enfants/ados/étudiants/chômeurs/retraités, à la gratuité pour les personnes invalides).
    Ca responsabilise plus les gens quand même que la gratuité. Et à ce niveau, ça n’est pas un frein à l’usage (en tout cas financièrement parlant).
    C’est à peu près ce qui se passe dans mon agglo (où je ne prends jamais le bus car le vélo me suffit) et ça me semble bien.
    Vouloir la gratuité partout, tout le temps pour un besoin qui n’est pas un besoin vital (celui de se déplacer notamment), c’est un peu aller trop loin selon moi.

  2. Florent, je respecte ton point de vue, mais pourquoi dire que « vouloir la gratuité partout, tout le temps » irait trop loin selon toi, alors que l’article dit justement le contraire?

    Je cite Jean-Louis Sagot-Duvauroux:
    « La gratuité de tout est sans doute une chimère, mais un certain nombre de besoins essentiels de l’être humain, comme la santé, l’éducation, les déplacements ou l’eau, peuvent être, sont déjà, par endroits ou en partie, rendus libres d’accès pour tous. »

    Dans le même ordre d’idées, Sagot-Duvauroux ne parle pas de « besoin vital », mais de « besoin essentiel »; il me semble qu’il y a une nuance. Selon lui, se déplacer constitue un besoin essentiel de l’être humain, ce qui semble de mon point de vue plutôt évident…

  3. Jean-Marc

    Florent :
    « Et à ce niveau, ça n’est pas un frein à l’usage (en tout cas financièrement parlant). »

    Pour des raisons professionnelles, il m arrive de devoir aller dans des villes, que je ne connais pas, et donc je ne connais pas le réseau de TEC ni le système de paiement de ces TEC,

    En fait, le prix d’un voyage payé au conducteur ne me rebute pas (il va être entre 1 ou 2€… c est une somme qui ne va pas me manquer…),
    mais, « grâce » aux systèmes d abonnement multiples, de cartes de voyage necessitant des documents à fournir dont tu parles, et pour éviter les risques d attaques/vols de caisses des chauffeurs,
    il est de plus en plus rare de pouvoir acheter un ticket dans un TEC (ou à une borne à l arrêt en bas de son hotel).

    Avec un système gratuit, la seule difficulté (et c est deja beaucoup…) c est de connaitre les horaires et la/les ligne(s) à utiliser pour aller de son point de départ à son point de destination.

    Depuis l invension du GPS, les trajets en voiture en zone inconnue se sont facilités;

    par contre, les trajets en TEC ne se sont pas facilités.
    Hors, [b]toute difficulté supplémentaire[/b] (pas forcément financière : administrative, procéduriale aussi; comme dit plus haut, je ne suis pas à 2€ pour un aller, ou 4€ pour un aller-retour…) [b]réduit le recours à ce mode de transport.[/b]

    [bcp de mes collègues ne s embêtent pas à essayer de prendre les TEC :
    en déplacements en ville inconnue... et même connue... ils ne se déplacent qu'en taxi (de toute façon, ce n est pas eux qui payent... le taxi sera remboursé à 100%)]

    Hors, pour un même trajet, l’usage des TEC (ou du vélo) est financièrement très bénéfique pour la ville, par rapport à ce même trajet fait en voiture (dont le taxi).
    c.f. http://carfree.fr/index.php/2009/03/13/couts-externes-des-transports/


    Si le but d’une ville est d avoir le moins de dépenses d’infrastructures, et une meilleure santé pour ses citoyens, alors elle devrait tout faire pour réduire les trajets des voitures chez elle.

    La gratuité est UN des moyens légaux permettant de favoriser le report vers les TEC.

    Par contre, ce n est pas le seul moyen à utiliser :

    S’il n y a pas qq contraintes à l usage de la voiture, avec certaines rues piétonnes et des coussins berlinois, alors, la gratuité va juste permettre à certains de plus se déplacer en TEC (ce qui est très bien pour eux), mais quasi sans réduire les trajets en auto… (ce qui est très mauvais pour la municipalité et la santé des citadins..).

    Mieux que la gratuité :
    la gratuité + intermodalité :

    voies propres pour les TEC (prises sur les voies « tous véhicules », pas sur les trottoirs ou les parcs…)
    + feux passant au vert 1 seconde avant l arrivée du TEC au carrefour
    + des arceaux de vélos à tous les arrêts de TEC
    + autorisation des vélos dans les bus et rames
    + autorisation des vélos sur tous les couloirs de TEC en voies propre
    + multiplication des doubles sens cycliste
    + généralisation du tournez-à-droite cycliste à tous les carrefours
    + multiplication des rues piétonnes autorisées aux cyclistes

  4. Florent

    @Jean-Marc: je suis d’accord avec tout ce que tu écris.
    Cependant: à ma connaissance, rares sont les villes (en France du moins) où on peut plus acheter de billets du tout au conducteur du bus. Souvent c’est un « ticket de dépannage », plus cher (pour être dissuasif) mais c’est toujours possible ou alors c’est la borne à l’arrêt.
    Je reste persuadé qu’une somme, « symbolique » devrait être payée par (presque) tous.
    Rien n’empêche une ville, à ses points d’entrée TEC (gare en particulier) d’avoir des bornes et des abonnements courte durée (2 jours, 3 jours, en fonction des besoins) pour ses visiteurs extérieurs: tu arrives, tu sais que tu vas rester N jours dans cette ville, tu prends un abo pour N jours qui te coute, en gros 2 ou 3 fois N euros et après Open bus pour la durée de ton séjour.
    C’est pratique et c’est gagnant gagnant pour tout le monde (sauf les taxis mais vu leur amabilité voir leur honnêteté pour certains, je m’en fiche)

  5. cycliste alcoolique

    « Ca responsabilise plus les gens quand même que la gratuité »..
    Mais en quoi les gens devraient-ils être responsabilisés concernant le TEC!!
    Vous avez peur que les gens abusent du TEC? y passent la journée?
    En fait, je ne vois pas les arguments du contre. Surtout pour le TEC, vive la gratuité!

  6. laurent

    Quand j’ai le choix entre TEC et auto, souvent je choisis l’auto parce que le coût marginal est inférieur (1 litre d’essence = 15 km = 1,5 euro contre 2,5 euros un aller retour) et le temps passé plus faible, sans compter l’obligation de pointer à chaque correspondance.
    Si le prix du TEC était nul , je ne me poserais pas la question.

  7. Gari

    De même que Cycliste Alcoolique, j’ai du mal à imaginer que les gens « abuseraient » des TEC s’ils étaient gratuits.

    En fait, j’ai un abonnement « navigo » pour aller au boulot, ce qui fait qu’on peut considérer que mes trajets hors-boulot sont « gratuits » (puisque de toute façon déjà payés pour le trajet pour aller au boulot). hé bien, je n’ai pas l’impression d’abuser… Je ne m’amuse pas à faire un aller-retour sur ma ligne juste pour le plaisir de rester assis 1h dans le bus. Le seul cas d’abus que j’arrive à entrevoir est quand, sur un trajet que j’effectue à pied, je passe près d’un arrêt de bus au moment où le bus arrive, et qu’il va au même endroit que moi. Là, j’admets, je cède parfois à la facilité de le prendre. Je n’ai pas franchement l’impression que cela soit une affreuse atteinte au système : les avantages sont bien supérieurs aux quelques inconvénients qu’il engendre.

    Alors bon, j’admets que je surfe sur la rhétorique « faisons de mon cas personnel une généralité », mais j’ai quand même du mal à imaginer quels genres d’abus il peut y avoir. En fait, de ce que j’entrevois à travers ma lorgnette, le pire qui puisse y avoir est un report modal des piétons et cyclistes sur les TEC (sans toucher aux automobilistes). Si c’est effectivement éventuellement condamnable à court terme, cela contribue en réalité à augmenter la fréquentation des TEC et par là même à créer un besoin d’augmentation des fréquences de passage, ce qui entraine par répercussion une augmentation de l’attractivité des TEC pour tous, y compris les automobilistes…

    Pour replonger sur mon cas personnel, je connais une personne qui possède un abonnement navigo pour prendre le train et qui, jusque là, allait à la gare (située à 2km) en voiture. Lorsque je lui ai appris que, si si, sa ligne de bus fonctionne avec navigo et que, si si, c’était donc de fait pas plus cher de le prendre, hé bien elle le prend, le bus. Plus besoin de dégeler la voiture, de se manger d’éventuels bouchons, de chercher une place de parking, de claquer du pognon dans l’essence, etc.

    Bien entendu, cette facilité le serait moins s’il n’y avait pas un bus toutes les 10 minutes en heure de pointe…

  8. Florent

    Je n’ai jamais parler d’abuser du TEC en cas de gratuité, c’est Cycliste Alcoolique qui a parlé d’abus… pas moi.
    J’ai écrit: « Ca responsabilise plus les gens quand même que la gratuité »
    Et, je vais préciser le sens que je mets derrière cette phrase puisque visiblement, ça n’était pas clair.
    Les TEC, comme toute politique publique (ou initiative privée !), ont un coût. Il est normal, à mon sens, que chaque utilisateur de ce service, soit amené, le plus directement possible (ie non dilué complètement dans les « impôts et taxes » que tout le monde paye), a contribuer, au moins en partie, même très faible (c’est de toute façon le cas pour les TEC, déjà largement subventionnés) financièrement, à ce coût. De façon a en être conscient.
    Quand vous allez à la piscine municipale, vous trouvez normal de payer une entrée (différente souvent selon votre lieu d’habitation)…

    @ Laurent: votre calcul est un non-sens et une parfaite mauvaise foi.
    Vous comparez le prix marginal d’un ticket de bus unique à celui de seulement l’essence que vous allez mettre dans votre voiture. Si comptez de manière un peu plus réaliste (comme d’ailleurs le font bien souvent la plupart des gens avec de faibles revenus), c’est à dire comparer le coût d’un abonnement mensuel aux TEC (qq dizaines d’€ dans la plupart des villes voire départements), au coût global de possession et d’usage d’une voiture (au mini une centaine d’€ par mois), on voit très vite que ce n’est pas la question du coût qui limite l’usage des TEC.
    C’est avant tout une question de confort ou de vitesse/disponibilité (« je veux pouvoir aller n’importe où, n’importe quand, avec qui je veux, transportant ce que je veux et surtout le plus vite possible »).
    C’est pour cela que la gratuité n’est, selon moi, pas une solution (ni même une partie de la solution) au problème.
    Quand à l’effort dantesque demandé au passager de valider son ticket à bord ! laissez moi rire ! Tendre la main vous fait tellement souffrir que ça ? Mettez pas les pieds sur un vélo alors !

    Je transpose la question à un autre (en fait pas si différent au final…) problème… L’usage des routes est GRATUIT (au même sens que celui dont on discute ici pour les TEC). Les coûts sont entièrement transférés au contribuable. Donc totalement de manière indirecte. Je paye la même chose (en fait probablement plus, tout dépend des revenus) que je parcoure 3000km à vélo par an, que celui ou celle qui en fait 30000km en 4×4 !
    La gratuité est une forme d’externalisation d’un problème
    Il existe exactement le même effet avec les déchets: pas de paiement direct, seulement au travers de la TEOM, que tout le monde paye, indifféremment de ce qu’il génère comme déchets ! Résultat, je paye autant en jettant 30kg par an de déchets ultimes que si je faisais comme le Français moyen qui en met 400 !

    Si un service de transport efficace est disponible avec un abonnement la plupart du temps très bon marché, c’est très bien comme ça. J’ai le choix de l’utiliser (et payer l’abonnement). D’utiliser ma voiture à la place (et payer tout ce qu’il y a autour, sauf la route malheureusement, et d’accepter les inconvénients inhérents, sans râler…). Ou bien encore d’utiliser un vélo, mes pattes, où tout autre moyen de transport qui me fait plaisir si j’estime que je le vaut bien !
    L’usage de mon vélo ne coûte (quasiment) rien à la société (à part un petit peu de respect de la part de tous, c’est souvent le plus coûteux d’ailleurs !). L’usage d’un TEC a un coût… Il faut réussir à faire le distingo entre les 2 ! L’abonnement bon marché est là pour ça.
    Quand à utiliser sa voiture… il va sans dire que toutes les formes d’externalisations devraient être abolies… et donc donner à la voiture son vrai coût… mais on n’en est (malheureusement) pas encore là !
    (quand on voit qu’un Laurent est encore capable de ne compter que l’essence dans le coût de son trajet voiture…, comment arriver à faire comprendre à un automobiliste moyen qu’il faut qu’il paye la route sur laquelle il roule, le parking sur lequel il se gare, les effets néfastes de la pollution de l’air qu’il engendre, etc, etc…)

  9. C’est l’analyse classique que tu nous sors là florent, sauf qu’elle ne tient pas la route bien longtemps. Tu commets l’erreur classique de l’analyse mono-modale: il y a l’usager des transports en commun, l’automobiliste, le piéton, etc. Dans ce cadre, il faudrait « responsabiliser » l’usager des TC en le faisant payer…

    Je vois les choses différemment: il y a des gens qui veulent se déplacer et des modes de déplacement plus ou moins impactant sur l’environnement. Ce n’est donc pas l’usager des TC qu’il faut « responsabiliser », mais la personne qui veut se déplacer en la faisant opter pour un mode moins nuisible que le pire, c’est-à-dire l’automobile.

    Avec la gratuité des TC, on favorise le report vers un mode de déplacement « responsable », on responsabilise donc la personne qui cherche à se déplacer et qui pourrait être tentée par l’automobile…

    Par ailleurs, ton commentaire est contradictoire. D’un côté tu dis qu’il faut faire payer à tout prix l’usager des TC (qui paye pourtant déjà une partie des TC avec ses impôts) et de l’autre, tu reconnais que l’automobiliste lui ne paye pas son usage de l’automobile à sa juste valeur…

    Je serai tenté de dire, banco, faisons payer l’usager des TC si et seulement si on faisait payer l’automobiliste en prenant en compte l’ensemble de ses externalités négatives… Sauf que c’est impossible car, pour cela, il faudrait intégrer dans le prix d’usage de la voiture, le prix de la pollution, des routes, du bruit, des problèmes de santé, de la dégradation des façades, etc. etc. y compris la part relative à l’automobile à l’échelle mondiale dans les émissions de CO2 et le changement climatique afférent (provoquant migrations humaines, mortalité, destructions, etc.)

    Évidemment, c’est techniquement difficile à réaliser et quand bien même on arriverait à mesurer tout cela et à l’incorporer dans le coût réel de l’automobile, seuls les millionnaires seraient en mesure de rouler en voiture…

    En attendant, on se retrouve avec des arguments destinés à « responsabiliser les usagers des TC », c’est-à-dire en gros à les pénaliser.

  10. Florent

    Je ne vois pas où ce que j’ai écris est contradictoire… au contraire. Je montre juste 2 exemple où la gratuité est justement néfaste: l’automobiliste devrait payer le prix au moins de la route sur laquelle il roule (cf écotaxe même si c’est mal ficelé) et sa place de parking. Justement pour qu’il n’y ai pas gratuité.
    J’invite à lire ce document:
    http://portail.documentation.equipement.gouv.fr/documents/dri/PREDIT_0082.pdf
    Ca commence à dater un peu (2007 donc y a pas Aubagne mais y a Chatellerault qui a un recul bien plus important sur le sujet) mais c’est très intéressant, ça montre bien les avantages et inconvénients de la gratuité, sans parti-pris, de manière objective. Et d’ailleurs sans trancher au final…
    Pour finir, j’aimerais juste dire que, l’objectif étant de diminuer la part modale de la voiture (si si, je raisonne par intermodalité quand même un peu… j’ai fait vélo+train quelques années!), tout dispositif (ou combinaison de dispositifs en général) doit être principalement, en ces temps de disette, évalué au regard du critère:
    Part modale de la voiture diminué / Coût global de la mesure (y compris les éventuelles réductions occasionnées)
    Mon propos est de dire simplement que « de manière générale » (mais localement, ça peut-être faux), la gratuité des TEC ne me semble pas la mesure qui soit la plus efficace compte tenu du critère énoncé.

  11. Alain

    Florent:
    Pour ce qui est de la voiture, le prix n’est pas juste. Si on te faisait payer le juste prix des guerres du pétrole en cours, la pollution engendrée et touti quanti, on n’aurait même pas de voitures, çà couterait trop cher.

    A l’inverse, je ne vois pas pourquoi on ne devrait pas payer le juste prix de la voiture et que faudrait qu’on paye les transports en commun.

    Pour exemple, à Tours, ligne de tramway à presque 600 millions d’euros au final et tous les groupes écologistes du coin veulent une deuxième ligne. A ce prix là, on se passe de la deuxième ligne et on offre soit le transport gratuit, soit (excusez du peu) un VAE à 1500 euros à chaque famille de l’agglo. Ce qui changerait largement la politique du transport dans la ville.
    Pourquoi ne pas payer les TEC me diras tu? Parce que vu ce que cela coute, c’est des sommes ridicules le prix payé par ticket et qu’on pourrait très bien s’en affranchir totalement. Ca ne couterait pas plus cher, juste un peu plus. Pas de quoi casser 3 pattes à un canard dans un budget d’agglomération.

    Pourquoi ne pas le faire? Parce que mettre la gratuité dans la tête des gens, c’est leur insuffler la vision d’un autre monde. Un monde qui n’est plus centré sur l’argent et la propriété privée égoîste. Mais comme on ne veut SURTOUT pas que les gens réfléchissent dans ce sens, on dit « payez un peu, c’est pour vous responsabiliser’. Mais, tout çà c’est du flan.
    Comme les lignes de tramway qui poussent comme des champignons et qui soit disant « servent à transporter des gens dans une alternative à la bagnole » mais qui sont plutôt le meilleur moyen trouvé pour aller urbaniser un peu plus, un peu plus loin, un peu plus fort encore. Le reste, c’est du flan aussi.

  12. Florent

    Merci pour la leçon sur le juste prix de la voiture… j’apprécie !
    Pour info, je n’ai ni voiture, ni même le « précieux » ticket rose.

  13. Florent

    Et au lieu d’annoncer des « Ca ne couterait pas plus cher, juste un peu plus » sans aller les vérifier, eh bien justement, c’est pas mal d’aller vérifier.
    Et le résultat est « ça dépend énormément ».
    Il y a un certain nombre d’agglo pour lesquels ça changerait beaucoup, d’autre très peu (voir d’autres presque rien car ça fait faire des économies ailleurs).
    Je n’ai pas dit « je suis contre la gratuité », pourquoi faut-il toujours trouver un opposant… j’ai juste invité à creuser la question, en donnant des pistes, des axes de réflexion (l’étude que j’ai mentionné est très très riche).
    Je suis pas un adversaire. Si je viens (et que je commente) sur ce site, c’est bien qu’un petit peu je partage ce qu’il y est dit tout de même !

  14. laurent

    @ Florent, il ne s’agit pas d’un non sens ou de mauvaise foi et je sais parfaitement compter !
    Acheter 40 tickets de bus par mois (par carnets de 10 à 12,5 euros le carnet) nous revient moins cher que deux abonnements mensuels unimodaux et suffit pour nos déplacements en TC.
    Je suis bien conscient de tous les inconvénients et couts (internes et externes) liés à la possession d’une automobile notamment l’obligation de mettre les mains dans le cambouis et ce surtout quand on fait le choix de petits revenus ; mais allez convaincre mes proches de renoncer à leur taxi .
    Quand au geste exaspérant et humiliant de valider à chaque correspondance une carte RFID alors qu’un banal ticket cartonné suffisait ….
    Je dis exaspérant et humiliant parce que c’est une interaction avec un automate de flicage qui souvent ne fonctionne pas et que le système de contrôle considère les passagers comme un bétail humain et leur a de plus couté 24 millions d’euros (par décision technocratique) qui auraient été économisés par la gratuité.

  15. cycliste alcoolique

    @Florent.
    La difference entre la piscine et le transport reside dans le simple fait que le transport est une necessite dans notre societe. Mais, entre nous, je suis aussi pour la gratuite des piscines publiques et pour l’interdiction des piscines privees. L’eau est rare et son utilisation doit etre controllee.

  16. De FLORENT :  » (qq dizaines d’€ dans la plupart des villes voire départements) »

    Quand j’étais en RP, c’était plus de 100 € l’abonnement, remboursé à moitié par l’entreprise donc plus de 50 € mensuels. Ça fait déjà pas mal de dizaines d’euro.

    A Nantes c’est 56 € (et non remboursé dans mon cas).

    De CARFREE « quand bien même on arriverait à mesurer tout cela et à l’incorporer dans le coût réel de l’automobile, seuls les millionnaires seraient en mesure de rouler en voiture… »

    Ça serait pas plus mal, ça permettrait aux gens normaux de se déplacer normalement.

    De LAURENT « Quand au geste exaspérant et humiliant de valider à chaque correspondance une carte RFID alors qu’un banal ticket cartonné suffisait  »

    Et du coup pour les villes où un ticket suffit, pas de souci pour les transports en commun gratuits.

    En revanche j’ai du mal à comprendre ton calcul pour le coût d’une voiture, tu parles d’autopartage ? de Co-voiturage ? De location ? Même en considérant que le tout est amorti au bout d’un moment, comment financer le permis de conduire et l’achat de la voiture ? Ce sont des sommes conséquentes bien plus grande que le prix d’un abonnement annuel aux TEC, non ? Comment font les personnes à très bas revenu ?

    Il faut quand même un minimum de moyens pour avoir une voiture, ne prenons pas les gens pour des imbéciles, et j’ai croisé plus d’une fois des personnes qui fraudaient les transports en commun faute de moyens pour payer les transports … et pour avoir une voiture personnelle.

  17. herve

    Hello,

    @ Florent :

    Lit le bouquin Liberté Egalité Gratuité sur les transports à Aubagne qui explique très bien que justement ON responsabilise les gens avec la gratuité !!!
    et là il s’agit de vécu, d’analyse, pas de la théorie…
    lire tout les avantages tirés de cette gratuité, il y en a de très intéressant socialement.

    maintenant c’est vrai que certaines villes ne peuvent pas se « payer » cette gratuité, mais beaucoup le pourraient !!!

  18. Florent

    J’aime bien lire les livres engagés en effet. Cependant, pour regarder les faits, des études sérieuses et indépendantes sont souvent nécessaires (d’où le lien que j’ai fourni).
    On y découvre (en tout cas j’y ai découvert) qu’il y a une importante différence entre 3 tailles d’agglo avec des réponses de transports très différentes et des coûts par hab très différents.
    > moins de 50000hab dans l’agglo « Petites agglos »
    > de 50 à 100000 hab dans l’agglo « Moyennes agglos »
    > plus de 100000 hab dans l’agglo « Grandes agglos »
    L’étude dont j’ai donné le lien se focalise sur le cas du milieu qui est le plus adapté à une éventuelle gratuité. C’est aussi le cas de mon agglo (qui figure comme l’un des cas étudiés d’ailleurs, comme à la fois un bon et un mauvais élève selon les critères).
    Au delà de 100000 hab, les coûts des transports publics sont nettement plus élevés en €/an/hab. Mais c’est aussi là que les inconvénients et les coûts de la voiture sont aussi les plus visibles.
    C’est dans ces agglos là que la proportion des recettes venant des billets est la plus importante (et donc la plus dure à supprimer). C’est dans ces agglos là que le nombre de km parcourus sont les plus élevés (donc les plus coûteux !)
    Peut-être que rendre gratuits les TEC dans les agglos moyennes serait justement une manière de ré-équilibrer la population entre les grandes villes et le reste de la France.
    Rendre les TEC gratuits en IDF par exemple serait une aberration: ça pousserait à habiter encore plus loin, ça pourrait encombrer le réseau encore plus.
    Après, rendre les TEC bon marché (voir ce que j’ai écris plus haut) est une bonne chose. Rendre le prix proportionnels aux revenus serait aussi très bien senti. Les rendre gratuits, je pense pas.
    Pour exemple, l’abo plein tarif mensuel dans mon agglo est à 20€ (il y a plein de cas de tarifs réduits, je donne juste le max).
    Ca n’est pas pour autant qu’il n’y a pas de voiture et que la part modale du bus dépasse les qq %. Le rendre gratuit ne changerait à mon avis pas grand chose. Il est déjà gratuit certains jours particuliers de l’année de grande affluence pour inciter les extérieurs à se garer aux parkings relais et venir en centre en bus. Système plutôt bien organisé d’après ce que j’ai pu en juger. C’est pas pour autant que ces jours là (je parle des illuminations de noël notamment, plutôt réputées…) un nombre incalculables de gens vont se garer sauvagement partout où ils peuvent en centre ville.
    Dans le cas de mon agglo (données anciennes de 2005 malheureusement), en gros, les recettes, c’est 15€/hab/an. Le financement de la collectivité est de 34€/hab/an. Donc en gros la gratuité, c’est 50% en plus (en gros 1,5 millions d’euros par an).
    Bien sur, c’est faisable (pour d’autres, comme en IDF, c’est nettement moins évident). Mais souhaitable est un autre débat.
    Personne n’adresse la question de fond : quelles mesures seraient les plus efficaces pour faire réduire la part modale de la voiture ?
    Avec 1,5 millions d’euros par an (pour mon agglo), y a de quoi faire sur ce sujet…
    Sans aller jusqu’à filer un vélo à tout le monde (serait-il utilisé…)… comme le dit très bien le responsable technique des services voiries de ma commune, « notre problème, c’est qu’il n’y a pas de problèmes ! »
    Sous-entendu, et à juste titre, pas de bouchons, pas de limitations dans le stationnement, circulation fluide, etc… rien n’incite à prendre autre chose que sa voiture pour se déplacer.
    Il est là le problème, pas dans le prix du ticket de bus.

  19. Jean-Marc

    « notre problème, c’est qu’il n’y a pas de problèmes ! »
    Sous-entendu, et à juste titre, pas de bouchons, pas de limitations dans le stationnement, circulation fluide, etc… rien n’incite à prendre autre chose que sa voiture pour se déplacer.
    Il est là le problème, pas dans le prix du ticket de bus.

    si on fait tout pour facilité la circulation des voitures… on a des voitures…

    par contre, suffit de changer la politique, en mettant le citadin au centre des priorités,
    en mettant des coiussins berlinois sur tous les carrefours aux importants carrefours marchands (zone marchande/piétonnière),
    de « petits » cousins berlinois (ne d&bordant guère de la largeur d’un passage piéton) ailleurs, des rues piétonnes,
    en transformant une place de parking auto de la rue, tous es 25m, en place de parkings pour 10 vélos,
    en mettant les TEC en voie propre, en prenant une voie aux tous véhicules (donc qui était accessible aux voitures et camions)
    etc, etc

    et là,
    c est magique,
    il va y avoir plus de déplacements à pied, en vélo, en TEC,
    et moins en voiture..

    Depuis 30 ans, les gens, en occident, ont pris le réflexe voiture… donc il faut les aider à ré-avoir d autres réflexes.

  20. Florent

    Je suis bien d’accord avec toi Jean-Marc…
    Progressivement les mentalités changent et c’est grosso-modo ce que l’agglo fait… trop lentement à mon goût bien-sur… faudrait pas brusquer l’électeur… mais elle le fait